Ch. 2 - Enseignement Romain   

A partir des Guerres Puniques, les Romains, tout en conservant à l'éducation un caractère privé, font de larges emprunts à la civili­sation hellénique. Vers 170, les Romains cultivés parlent couramment le grec ; la mode s'introduit alors du pédagogue grec, qui, par sa conversation, familiarise l'enfant avec la langue de Platon et l'initie aux belles-lettres, à la musique et aux autres arts.
Pour ce qui est de l'enseignement, on peut désormais distinguer 3 stades :

A. Enseignement Primaire ou Ludus  ( de 7 a 12 ans)

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1.  Le magister ludi ou litterator enseigne la lecture, l'écri­ture et le calcul.

Esclave ou affranchi, il jouit d'assez peu d'autorité auprès de ses petits auditeurs, porteurs de la « bulle » des enfants "li­bres" et il est contraint de faire un usage parfois immo­déré de la férule (jerula) et des verges (virgae).
2.  La classe, inaugurée dès l'aube et poursuivie jusqu'à la méridienne, se donnait le plus souvent en plein air (sub divo), parfois sous l'auvent d'une bou­tique où pénétraient tous les bruits de la rue.
3. Le mobilier se réduisait souvent à une chaise à dossier (cathedra) pour le professeur et à des bancs ou escabeaux pour les élèves.
4. Le matériel scolaire comportait des jetons avec les lettres, des tablettes de cire (pugillares ou tabulae) que l'élève posait sur les genoux pour écrire à l'aide d'un stylet (stilus) ; parfois du papier (charta), un roseau taillé (calamus) et de l'encre (atramentum) ; des petits cailloux qu'on faisait glisser sur des tables de calcul appelées abaques (abaci), pour apprendre le système duodécimal, adopté à cause des subdivisions de la monnaie (1 as valait 12 onces).
5. Le programme ne présentait guère d'intérêt : heures de classe avec le litterator, heures de répétition à domicile avec le pédagogue (paedogogus) n'étaient le plus souvent qu'un fastidieux rabâchage. Si, d'une façon générale, ces enfants n'avaient guère de devoirs, ils étaient astreints à mémoriser des textes souvent incompréhensibles pour leur âge, tels les articles de la loi des XII Tables. Il semble que ces maîtres — à quelques exceptions près — aient failli à leur mis­sion et que, s'il existe une pédagogie romaine, c'est au stade suivant qu'elle se fait jour.

B.  Enseignement secondaire (de 12 à 16 ans).

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1. Le grammaticus initie les élèves à la grammaire et à la poésie (artes libérales). Les jeunes Romains apprenaient à décliner et à conjuguer, mais ils consacraient la majeure partie de leur temps à la lecture et au commentaire des textes. Jusqu'au 2e s. av. J.-C, cet enseignement se limitait à des auteurs latins, mais, sous l'influence de l'hellénisme, on se mit à lire et à expliquer les poèmes d'Homère et d'Hésiode, les comédies de Ménandre et les fables d'Esope. Parmi les latins inscrits au programme, citons Plaute et Térence et, sous l'Empire, les écrivains plus récents comme Virgile, Horace, Ovide, Cicéron, Tite-Live.

A l'occasion de la lecture de ces textes, les professeurs, générale­ment très cultivés, ne manquaient pas de glisser des aperçus sur d'autres sciences, telles que l'histoire, la géographie, la physique, l'astronomie, etc.
Les devoirs, plutôt rares, consistaient à raconter en belle prose latine ou grecque un passage poétique étudié en classe. Les leçons, plus fréquentes, habituaient les élèves à réciter de mémoire, devant toute la classe, les poèmes les plus beaux. Au sortir de ces études secondaires, un jeune Romain parlait couramment le latin et le grec.
1.  La classe, le mobilier et le matériel scolaire étaient, à peu de chose près, les mêmes qu'à l'école primaire. Toutefois le local était un peu plus orné (bas-reliefs, bustes, cartes de géographie). On y faisait un usage plus courant du papyrus ,et des livres roulés (volu-mina).
2.  Le minerval peu élevé consistait le plus souvent en des cadeaux, appelés minervalia, parce qu'il était d'usage de les offrir à la rentrée qui suivait les fêtes en l'honneur de Minerve. La profession de gram-maticus n'enrichissait guère son homme, et les écrivains de l'époque déplorent que les pères qui exigent beaucoup de ces maîtres, les rétri­buent si mal. Les empereurs finirent par allouer aux professeurs un traitement fixe et leur imposèrent du même coup un programme d'éducation.

C. Enseignement supérieur (16-17 ans et plus).

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1. — Le rhéteur (rhetor) apprend aux futurs avocats comment écri­re et prononcer un discours. Discours sur des sujets fictifs et souvent peu pratiques. Voici quelques sujets, à titre d'exemples : Achille exhale sa fureur contre Agamemnon. Jupiter blâme Apollon d'avoir prêté son char à Phaéton.


Comme le Romain n'imagine pas d'autre carrière que celle d'avo­cat, qui doit le mener en droite ligne à la politique, les rhéteurs cherchent avant tout à former des hommes habiles à persuader un auditoire (ars dicendi). C'est ce qui explique que les arts d'agrément, comme la peinture, la musique, la danse, étaient peu en faveur.
2. — A l'Université. Souvent, après avoir revêtu la toge virile, le jeune Romain s'en ira à Athènes, à Rhodes ou ailleurs, continuer son éducation en suivant les leçons d'un maître célèbre : c'est ce que firent Cicéron, César, Horace ...
Toutes les sciences que les Romains apprennent sont grecques, soit par leur contenu, soit par leur origine. Les mots grammaticus et rhetor sont des mots grecs et les méthodes sont celles des Grecs. Rome s'y dégrossit... Mais un moment viendra où la déclamation sévira : on a l'impression, comme le dit Carcopino, que les Ro­mains en étaient arrivés « à prendre au sérieux la formule suivant laquelle on fabrique un orateur de pied en cap — fiunt oratores — et qu'ils étaient convaincus de pouvoir, en rompant leurs élèves à des acrobaties oratoires, mériter ce beau nom à tous sans excep­tion ». « Sénèque réprouve un enseignement qui ne prépare pas des hommes pour la vie, mais seulement des élèves pour l'école : Non vitae, sed scholae discimus ... ».

A propos de livres.

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L'étudiant romain portait ses « livres » dans un cartable (capsa) en forme de boîte à chapeaux. Pourquoi cette forme cylindrique ? Parce que les livres étaient en réalité des volumina.

Au lieu d'être brochés, les feuillets manuscrits de papyrus étaient collés bout à bout, de façon que chaque page vînt à droite de la précédente. On obtenait ainsi une longue bande (charta) qu'on en­roulait autour d'un bâton (umbilicus) adapté à l'extrémité droite.
Le lecteur, déroulant la charta de la main droite, trouvait la pre­mière page, puis la seconde... et, à mesure qu'il lisait, reformait machinalement le rouleau du côté gauche (volvere).
Il fallait procéder avec prudence, car le papyrus était fort délicat. Le papyrus poussait en Egypte, sous forme de buissons aux tiges ligneuses et très hautes (jusqu'à 4 mètres). Dès 3.000 avant J.-C, les Egyptiens tiraient de cette plante leur matériel d'écriture. On découpait de minces bandes et on les collait pour en faire une sorte de tissu quadrillé. L'assemblage, ainsi réalisé, était martelé, poli d'un côté pour éviter les accrochages de plume (calamus) et, parfois, collé à de nouvelles épaisseurs pour empêcher que l'encre {atramentum) ne perce. A la fois plus cher et plus pratique, le parchemin  était fait de peaux d'animaux, séchées, polies et enduites de craie : les pages étaient cousues, non collées les unes aux autres, en véritables livres appelés codices. Tous ces ouvrages, écrits à la main (manuscripti), soit par des esclaves, soit par des copistes de métier (librarii), coûtaient cher ; leur prix de revient variait du reste d'après le fini de l'ouvrage, la qualité du parchemin ou du papyrus, les illustrations et la reliure. Le mot «parchemin» vient de (charta) pergamena ou «de Pergame

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Aussi les bibliothèques privées restèrent-elles l'apanage de quel­ques privilégiés, même lorsque le commerce de librairie se développa à Rome, au 1er siècle avant J.-C, sous l'influence d'Atticus, qui s'était initié à Athènes à ce négoce d'un genre nouveau.
Pour remédier à la pénurie d'exemplaires, on créa, à partir de César, des bibliothèques publiques. Néanmoins, à la différence de ce qui se passait en Grèce, jamais le peuple romain ne se passionna pour les belles-lettres. Si les poètes et les écrivains présentaient par­fois leurs œuvres devant un auditoire (auditorium), celui-ci n'était composé que de quelques esprits distingués, et l'on ne vit jamais à Rome des réunions artistiques et littéraires générales, comme il était d'usage d'en organiser en Grèce lors des grands jeux.
A l'époque de César apparurent des affiches multipliées à quel­ques dizaines d'exemplaires : ainsi, les Rerum urbanarum Acta ou les Acta senatus. Parfois, ces affiches étaient reproduites et vendues sous forme de petits « journaux » à faits divers.

Vie de l'écolier.

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Les coqs ne chantaient pas encore, Rome était encore endormie, que déjà les enfants couraient à l'école. Leur bagage était porté par le pédagogue ou, si l'enfant était de bonne famille, par un esclave spécial, le capsarius (capsa — cartable).

Les élèves étaient groupés en plusieurs divisions, suivant leur âge et leur force. Chacune de ces sections avait à sa tête le meilleur, qui remplaçait parfois le maître et servait de moniteur à ses camarades ! Les maîtres de Quintilien avaient établi des espèces de compositions mensuelles, des concours ! Le premier restait à la tête de sa section jusqu'à la composition suivante. Verrius Flaccus, pour stimuler l'ému­lation, donnait au vainqueur un beau livre. Serait-ce l'origine de nos distributions de prix ?
Les vacances se prolongeaient pendant quatre mois, des ides de juin aux ides d'octobre. Tous les neuf jours, à l'occasion du marché, on prenait le repos des Nundines (nundinae) et il y avait congé aux grandes solennités religieuses. Tous ces loisirs ne paraissaient pas du temps perdu ; pour les Anciens, l'esprit, comme la terre, devait rester par mo­ments en jachère, afin de devenir plus fécond : « Je ne veux pas, dit Sénèque, que vous soyez toujours penché sur un livre ou sur des ta­blettes. »
Les périodes de travail régulier avaient aussi leurs heures de joie. On ne se quittait pas en franchissant la porte de l'école : malgré le règle­ment et les pédagogues, on s'attendait ... et les jeux n'étaient pas tou­jours paisibles ; les discussions dégénéraient parfois en luttes et les querelles en batailles. La politique avait déjà son mot à dire : les rivalités des parents au Forum ou au Sénat divisaient les enfants. Pen­dant les guerres civiles entre César et Pompée, les enfants furent césa-riens ou pompéiens ! D'après Jullien. Les professeurs de littérature dans l'ancienne Rome.

Le Bilinguisme dans les Provinces Romaines

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Bien que les aigles romaines aient vu les hoplites grecs déposer les armes devant elles, la culture grecque ne tarda pas à s'imposer au vainqueur, peuple fruste de paysans et de soldats.

« Graecia capta jerum victorem cepit et artes intulit agresti Latio. »
(- La Grèce conquise conquit son farouche vainqueur et porta les arts au sein du Latium rustique-.) (Horace. Ep. II.)
Pendant les deux derniers siècles av. J.-C, en effet, cette conquête pacifique prend de telles proportions que tout intellectuel romain qui se respecte, se doit de parler le grec. On verra des conservateurs invété­rés comme Caton apprendre la langue du vaincu à l'âge de 80 ans !
C'est que toute la haute société s'est mise à parler les deux langues. Quiconque en a les moyens, fait donner à ses enfants des cours de grec, et certaines familles s'arrangent de telle sorte que le personnel qui entoure les enfants soit d'expression grecque et les amène ainsi — par la méthode directe — à parler la seconde langue tous les jours et sans contrainte aucune.
Pour ce qui est des écoles, Quintilien conseille aux maîtres de com­mencer par le grec. Ne verra-t-on pas de petits Romains mourir à l'âge de 7 ans sans avoir jamais su un mot de latin ?
A côté de la véritable culture grecque, il s'en répandit une fausse dont Juvénal se moque dans ses satires, lorsqu'il parle de ces « femmes sa­vantes » qui veulent tout faire « en grec », qui ont peur « en grec », qui se fâchent « en grec », qui expriment « en grec » et leurs joies et leurs peines !



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