Fresque Tableau 11
REGARD CONTROLLEUR ET MYSTIQUE DE MERE ET MATRONNE 

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Quelle est donc cette femme à la pose élégante qui orne le mur ouest de la pièce ? La mariée attendant son époux, comme le pensent certains ? Non sans doute, car son attitude de matrone sûre d'elle-même ne convient guère à une jeune mariée dont la décence voudrait qu'elle soit assise sur le lit, la tête penchée et le voile ramené sur les yeux, comme on le voit dans une céramique conservée au Louvre. Il s'agit plus probablement, selon Paul Veyne, de la mère de la mariée qui, "en reine du gynécée", observe ses deux enfants, le jeune garçon en train d'étudier, la jeune fille occupée à sa parure . Elle est d'ailleurs assise sur un fauteuil vu en perspective oblique et non pas sur un lit dont on ne verrait qu'une partie : on distingue en effet nettement les deux accoudoirs du fauteuil : le droit, sur lequel elle s'appuie, est garni d'un coussin, le gauche sert de support à la tablette du contrat de mariage.

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Cette tablette, qui tient debout contre toute vraisemblance, est un emblème matrimonial plus qu'un objet réel, c'est un symbole conventionnel que l'on retrouve dans Les Noces Aldobrandines. La scène aurait donc valeur de bon augure : à cette place même, la jeune fille qui se prépare à l'hymen verra à son tour sa fille et son fils honorer la lignée, l'un par les lettres, l'autre par un beau mariage...
Une telle interprétation de la scène ne convient pas à Gilles Sauron. Selon lui, on verrait ici la maîtresse de maison, vêtue d'un habit rituel, contempler, en face d'elle, la mère de Dionysos. Les couleurs de son manteau - pourpre et safran -,

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sont en effet associées au culte dionysiaque : on les retrouve dans le dévoilement du van mystique (sur le vêtement de la prêtresse) et dans la scène de purification du rameau (sur le voile recouvrant le siège, sur le manteau d'une prêtresse, sur le voile de la ciste).
L'attitude même de la Domina, qui s'apparente aux figures féminines de l'iconographie funéraire de l'Athènes classique, confirmerait cette lecture mystique de la fresque ; quant à l'objet de bois où Paul Veyne voit les tablettes du contrat matrimonial, ce serait le couvercle d'un coffret de bois ouvert dont un morceau de tissu vert dissimule le contenu ; ce serait donc, comme le van et la ciste (eux aussi voilés), un objet sacré dont le dévoilement est interdit aux non-initiés.

Rapprochant ce coffret de ceux que représentent certaines stèles funéraires, Gilles Sauron affirme qu'il contient un "livre de l'au-delà" appartenant à latradition orphico-dionysiaque. Munie de cette "feuille de route" pour l'éternité, la domina songerait à la béatitude éternelle qu'elle connaîtra après sa mort.
Contemplant la déesse Sémélé-Thyoné à laquelle elle s'identifie, elle achèverait ainsi le cycle des activités rituelles qui l'ont conduite du statut d'initiée à celui d'initiante et qui ouvre à sa propre divinisation sur le modèle de ces héros qui, comme Dionysos et Sémélé, ont échappé aux Enfers pour rejoindre les Olympiens. 


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