Fresque Tableau 8
LE DEVOILEMENT DU VAN (phallus) ET LA DEMONE AILEE

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La dimension dionysiaque de cette scène ne fait de doute pour personne : tandis qu'une démone ailée brandit une badine, une femme dévoile un van d'osier qui fait incontestablement allusion à Dionysos. Le dieu était en effet célébré à Delphes sous le nom de "Licnites", "le dieu au van" et un "van mystique" (en grec, "licnon", l'équivalent du latin "vannus"), servait aux cérémonies dionysiaques en souvenir du van où le dieu avait été déposé juste après sa naissance.

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Reste à savoir comment interpréter la présence de ce "van mystique" dans la fresque. Selon Gilles Sauron, la prêtresse agenouillée qui s'apprête à le dévoiler semble attendre que la démone ailée ait abattu son fouet ; le coup de fouet symboliserait le foudroiement de Sémélé et le dévoilement du van représenterait la naissance de Dionysos. Le bonnet que porte la femme qui dévoilera le van est d'ailleurs l'attribut traditionnel des sages-femmes. La torche qui reposait contre son épaule gauche et qui est aujourd'hui en partie effacée est également un attribut de la déesse de l'accouchement, Eileithya. La présence de cette torche peut aussi rappeler que le rite est nocturne et désigner la prêtresse qui l'accomplit comme une "dadouque", une porteuse de torche accompagnant le passage de l'enfant de l'ombre à la lumière.

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Mais, par delà l'histoire de Sémélé, cette scène évoque les rites du culte dionysiaque auxquels la domina aurait été elle-même initiée. La scène se continue en effet sur le mur sud avec l'un des rites de l'initiation féminine aux mystères dionysiaques : cette cérémonie était bien une cérémonie nocturne, au cours de laquelle l'initiée était réveillée et agenouillée , tandis qu'une prêtresse lui interdisait la vision du dévoilement du van contenant le phallus, symbole de la fécondité de la nature et de la vie "indestructible". Il faudrait donc substituer au découpage géométrique de la fresque un découpage qui permette de lire cette scène dans sa continuité.


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Une évidente contradiction saute néanmoins à l'esprit : comment serait-il possible de représenter ce qui était frappé de tabou ? Selon Gilles Sauron, le peintre et les commanditaires de la fresque ont su concilier l'ostentation et la dissimulation : si les récipients mystiques sont montrés (le van, la ciste ou le coffret), ils sont voilés et cachent toujours les "objets sacrés". Montrer en dissimulant, n'est-ce pas le langage des oracles ou celui des dieux ? Pour Paul Veyne au contraire, une telle transgression de l'interdit est plus qu'improbable : la démone ailée qui frappe l'air de sa badine (et non, selon lui, l'initiée) incarne précisément ce tabou de la divulgation. 

Loin de représenter la réalité des Mystères dionysiaques, le peintre ferait allusion au seul élément ostentatoire qu'ils comportaient. Chacun savait en effet que l'exhibition du phallus faisait partie de l'initiation dionysiaque dont, par ailleurs, on ignorait tout. Détournant le sens du rite, le peintre ne ferait qu'emprunter son vocabulaire le plus convenu pour évoquer "l'initiation de la jeune mariée aux choses du sexe"...

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