Ch. 7 - Jeux et Spectales   

A.  EVOLUTION

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Dans leur signification première, toutes les fêtes romaines sont des fêtes religieuses : par les luttes, les courses, les représentations théâtrales, la pourpre du triomphe, on voulait réjouir l'âme des dieux, se les rendre favorables et capter leur énergie un instant incar­née dans les divers acteurs de la fête. Les combats de gladiateurs eux-mêmes avaient un caractère impétratoire et expiatoire : apaiser les morts par de nouvelles tueries ! « Honneur obligé envers les mânes », écrit encore Tertullien (2e siècle après J.-C).
Dès la fin de la République et plus manifestement sous l'Empire, les jeux se « sécularisent ». On y vient en tenue décente, on se plie à une étiquette (pas de pique-nique au cours du spectacle !), on se lève pour acclamer la procession des divinités et des divi ; mais, dans ces gestes, plus une once de dévotion ! Les jours obligatoire­ment fériés de la Rome impériale occupent plus de la moitié de l'année, sans compter les « fêtes-surprises » ordonnées par les Césars, qui, en distrayant sans relâche ce peuple dangereux, souhaitaient asseoir leur absolutisme et leur sécurité ; sans être complètement dupe de cette politique, le peuple profitait lâchement des jouissances qu'elle lui procurait.

B.  LE THEATRE

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1.  Lieu

a) Les gradins (gradus) de l'immense cavea se superposent en forme d'hémicycle : le théâtre de Marcellus est en pierre et peut con­tenir plus de 20.000 spectateurs ; aussi a-t-il fallu des assises solides pour l'édifier. Très souvent l'on se contentait d'élever un théâtre pro­visoire en bois ou bien, pour diminuer les frais, on le creusait dans le flanc d'une colline : c'est le cas des théâtres de Pompéi et d'Orange.
Les places réservées aux autorités sont en bas (ima cavea) ; sur les gradins intermédiai­res (média cavea), prennent place les ci­toyens en toge (togati), tandis que femmes, en­fants, esclaves et misé­reux (pullati, mal vê­tus) s'entassent dans la partie supérieure (sum-ma cavea).
b)    La scène (scaena) est couverte d'un abat-son en bois, et un voile (vélum), tendu au-dessus de la cavea, protège des ardeurs du soleil.
c)    Les accessoires sont plus perfectionnés que dans le théâtre grec : il existe un rideau de scène, qui s'abaisse au début du spec­tacle, des costumes somptueux et toute une machinerie qui permet de faire descendre du ciel dieux et héros (deus ex machina).

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2.  Programme

Parmi les spectacles, les plus distrayants sont les AteUanes, sortes de sketchs bouffons, les Mimes, parodie de légendes mythologiques et les Pantomimes, chorégraphies sans paroles.
Les tragédies et les comédies se subdivisent en Fabulae palliatae, tragédies à sujet grec, Fabulae praetextae, tragédies à sujet romain et Fabulae togatae, comédies à sujet romain. Considérées comme spectacles pour intellectuels, ces représentations ne sont guère appré­ciées par le grand public. Celui-ci réagit souvent d'une façon gros­sière, allant jusqu'à provoquer des incidents. Le jeu des acteurs n'a-t-il pas l'heur de plaire, on envahit la scène et il arrive que le specta­cle dégénère en bagarre sanglante !
3. Organisateurs el acteurs.
Les organisateurs sont : le dator ludi, magistrat qui préside, Varna-tor ludorum, son assistant, et le dominus gregis, le chef de la troupe (imprésario).
Sur la scène évoluent les acteurs {actores, histriones) et les dan­seurs (saltatores), recrutés parmi les esclaves ou affranchis.
Sauf pour les mimes, il n'y a pas d'actrices, et les rôles féminins sont tenus par des hommes. Les figurants sont très nombreux, mais, par contre, un seul joueur de hautbois (tibia) accompagne toute cette troupe.
Depuis 100 av. J.-C, les acteurs tragiques, à l'imitation des Grecs, chaussèrent le cothurne (cothurnus) et firent usage du masque porte-voix (persona)
Les villes italiennes semblent avoir eu peu d'engoûment pour le théâtre. A Rome même, il n'y avait que 3 théâtres permanents, ceux de Pompée, de Cornélius Balbus et d'Auguste (théâtre de Marcellus). En Gaule, au contraire, il y en eut des centaines ; les plus célèbres sont ceux d'Arles et d'Orange. Les théâtres furent très nombreux aussi en Afrique et en Asie.

C.  LE CIRQUE ( Circenses )

Le Cirque est plus spécialement le lieu où se disputent les courses de chars, les courses de chevaux avec voltige, les courses à pied et les luttes d'athlètes.

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1. Le Lieu
Grand rectangle allongé, avec gradins, piste (curriculum ou sta-dium) et remises (carceres). Sorte d'épine dorsale de la piste, la spina est flanquée, de part et d'autre, d'une borne (meta) que les chars doivent contourner.
Entrons dans le Circus Maximus, véritable « ville dans la ville » il en arrivera à pouvoir contenir 380.000 spectateurs). On y donne aujourd'hui, dès le grand matin, des missus, courses de chars, en l'honneur du dies natalis de l'Empereur.

2. Le Cortège
Devant nous, va se dérouler un prestigieux cortège (pompa) qui vient de parcourir toute la Ville : en tête, le Magistrat présidant les jeux, monté sur un char ; il est suivi de ses clients et de toute la
Jeunesse romaine. Enfin viennent prêtres et participants. Dans la foule qui nous entoure, où chatoient les toilettes luxueuses et où flottent des parfums d'Orient, les paris vont bon train. Il y aura aujourd'hui 10 courses.
 
3.  Les Paris
Il en est temps encore ; les attelages attendent, chevaux piaffants, rangés par couleurs (casaque de l'auriga) : d'une part, la factio al­bata (blanc) et la factio prasina (vert), d'autre part, la factio veneta (bleu) et la factio russata (rouge).
Misons sur la factio albata : quant aux Romains, leurs jeux sont pratiquement faits d'avance, puisque la population se divise d'après les diverses couleurs.
 
4.  La Course ou Missus.
Nous allons assister tout d'abord à une course de quadriges (quadrigae) ; il y a aussi des courses de biges, triges (bigae. trigae).
a)    Le départ. Ecoutez, la trompette résonne ! Le président des jeux, drapé dans une toge brodée et tenant à la main un bâton d'ivoire, jette un mouchoir blanc dans l'arène ...
b)    La course. Au même instant, les chars s'élancent dans la piste, soulevant des nuages de poussière ; et, dans les cœurs de ces milliers de Romains, l'espoir, l'incertitude, la crainte alternent au gré de la course : sentiments qui se traduiront tantôt par des cris de jubila­tion, tantôt par des clameurs de rage.
Pendant ce temps, les auriges, le corps fortement penché en avant, le fouet en main, une casaque à la nuance de leur jactio jetée sur les épaules, le corps entouré des rênes qu'ils trancheront en cas de dan­ger, s'efforcent de faire au plus vite les 7 tours de la spina en rasant de très près les bornes : nous attendons et redoutons tout à la fois l'accident spectaculaire !
c) La fin. La spina était généralement ornée de monuments di­vers : autels, statues, obélisques. Dans le Circus Maximus, de gros œufs de bois marquaient la progression de la course. Quelle chan­ce ! Au moment où le septième ovum est enlevé par un esclave, c'est un aurige de la factio albata, qui remporte la victoire ; on lui gravera une plaque avec ces mots laconiques : erupit et vieil.

D.  L' AMPHITHEATRE

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L'amphithéâtre est de conception purement romaine, et jamais les populations helléniques n'en ont adopté les jeux sanguinaires. Le premier amphithéâtre est celui de Pompéi (1er siècle avant J.-C). Celui de Flavien, appelé Colisée, date de 80 après J.-C. Il doit son nom de Colossaeum, à la statue « colossale » de Néron qui se dressait à proximité. D'autres ont été construits sous l'Empire et le Bas-Empire : en Italie à Pouzzoles, Vérone, Capoue ; en Gaule à Arles, Nîmes, Lyon.

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1. Description du Lieu.
L'amphithéâtre est une juxtaposition de 2 caveae, et l'ensemble est de forme elliptique.
a) Gradins. — La disposition est imitée de celle des théâtres, mais le problème des accès et des dégagements y est mieux étudié. La cavea, divisée en secteurs (cunei), est percée de portes (vomitoria) qui s'ouvrent sur les escaliers et permettent d'atteindre les galeries.

b)    Arène. -— Au centre et généralement couverte de sable, parfois de poudre d'or ! Le sous-sol renferme une machinerie qui permet de la transformer en un lac artificiel pour naumachies (Néron fit repré­senter la bataille de Salamine).
c)    Coulisses. — Substructures où se trouvent cages, chambres, décors et morgue (spoliarium).
 
Comme au théâtre, un immense vélum, sur lequel se profile parfois la face auguste de l'Empereur, protège du soleil et des intempéries.
 
2. Les Spectacles.
Aux foules romaines avides de violentes émotions, l'amphithéâtre offrait deux sortes de spectacles :
a)   Les chasses et jeux de bêtes (venationes). Elles se déroulaient ordinairement le matin : combats d'hommes (bestiarii) contre les fauves ou combats de bêtes entre elles ; ainsi, Pompée, au retour de ses guerres d'Orient, fit lutter 16 éléphants contre 500 lions.
b)   Les combats de gladiateurs (munera). Certains gladiateurs étaient des condamnés à mort, d'autres des prisonniers de guerre, d'autres encore des professionnels (libres ou esclaves). Ces derniers étaient formés et entraînés dans de vraies écoles (ludi), sous la di­rection d'un spécialiste, le lanista.
Un personnage illustre ou l'empereur voulait-il organiser un mu-nus, il prenait contact avec des lanistae, débattait avec eux du prix des hommes et du genre de spectacle. Il était le munerator et prési­dait la fête.
Celle-ci commençait au début de l'après-midi, par le défilé des gladiateurs (Ave, Caesar, morituri te salutant !) : la foule, qui adu­lait ses champions, les acclamait follement.
 
On distinguait plusieurs catégories de combattants :
—  le Samnite et le Gaulois (ou Myrmillon) : lourdement armés, avec bouclier, casque, jambières et brassards, épée ou sabre.
le Thrace : armé seulement d'un casque, d'un petit bouclier rond et d'un coutelas.

le Rétiaire : ne possédait que le filet pour envelopper l'ad­versaire, et le trident pour l'attaquer.
Le combat le plus courant était celui du rétiaire contre le myr­millon ou le thrace : lutte du colosse bardé de fer, mais embarras­sé dans ses mouve­ments, contre l'agile rétiaire.
 
Lorsqu'un des adversaires était hors de combat, le vainqueur se tournait vers le président : celui-ci, ou encore les vestales, levait le pouce (pollice recto) ou l'abaissait (pollice verso) suivant qu'il vou­lait voir épargner ou achever le vaincu.
Après le combat, les morts étaient emmenés au spoliarium ; les vainqueurs recevaient la palme symbolique, voire de l'argent. Après plusieurs victoires, les condamnés étaient absous et les esclaves, libérés.

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LECTURE A : L'empereur au cirque.
 
Auguste ne manquait jamais d'assister au spectacle et, avec une certaine ostentation, il s'asseyait au milieu de son pulvinar, entre sa femme et ses enfants. Si les affaires de l'Etat l'obligeaient parfois à se retirer avant la fin, il s'excusait et désignait un président d'assemblée. S'il demeurait jusqu'au bout, il ne se départissait pas d'une attention soutenue, soit par amusement, soit pour éviter les murmures qu'avait provoqués son père adoptif, Jules César, en se mettant, au cours du spectacle, à lire des rapports et à y répondre.
Le peuple voulait que l'empereur se réjouisse avec lui. C'est ainsi qu'on en arrivera à voir l'empereur descendre dans l'arène : ce fut le cas pour Néron et, plus de 700 fois, paraît-il, pour Commode ! Et il fut un temps où la profession d'acteur était considérée comme infa­mante !
(D'après J. Carcopino.)
 
LECTURE B : La séduction des atrocités.
 
Un certain Alypius détestait ce genre de spectacles (de l'amphithéâ­tre). Un jour, après déjeuner, ses amis le traînèrent de force au spec­tacle, particulièrement cruel. Il leur dit : « Si vous parvenez à y traîner mon corps, du moins vous ne forcerez ni mes yeux ni mon esprit ! Je serai à ce point absent que je vous vaincrai, et vous et vos jeux »...
Plût au ciel qu'il eût aussi fermé les oreilles ! Il entendit une immense clameur de la foule : vaincu par la curiosité et bien décidé à surmonter ce qu'il allait voir, il ouvrit les yeux et fut frappé au cœur d'une bles­sure aussi grave que celle qui tuait, dans son corps, le combattant... Dès qu'il vit ce sang, il en but toute l'horreur, et, loin de se détourner du spectacle, il le fixa, sentit monter en lui une vraie folie et s'enivra d'une sanglante volupté.
Et déjà n'était-il plus celui qui était venu là, mais un individu de cette foule et le vrai compagnon de ceux qui l'y avaient amené.
(Confessions de S. Augustin.)
 
LECTURE C: Un paysan à l'amphithéâtre.
 
Un écrivain de l'Empire nous décrit la stupeur du paysan Corydon, venu pour la première fois à l'amphithéâtre :
Ce que je te raconte, à peine pouvions-nous l'observer en détail ; ainsi, partout à la fois frappe la foudre ! J'étais là, immobile et la bouche ouverte, et je m'étonnais de tout ...
A ce moment, un homme âgé, qui se trouvait à ma gauche, me dit : «Cher ami paysan, tu dois être stupéfié de voir tant de merveilles... Moi qui suis vieux et chauve, et qui ai vieilli dans cette ville, je m'en étonne moi-même : combien médiocres étaient les spectacles de notre jeunesse !» ...
J'ai vu toutes sortes de bêtes : des lapins blancs, des sangliers à cornes, des élans, rares même dans les forêts qui les voient naître ; j'ai vu des zébus ... des aurochs ... ; j'ai vu des phoques se battre avec des ours ...»
 
LECTURE D : Une naumachie entre condamnés à mort.
 
L'empereur Claude organisa un jour, non loin de Rome, une gigan­tesque naumachie, dans laquelle devaient s'affronter de grosses trirèmes et quadrirèmes, montées par 19.000 condamnés à mort.
La périphérie du lac était garnie de galères, dans lesquelles des cohortes prétoriennes, toutes catapultes et balistes tendues, étaient prê­tes à repousser les tentatives de fuite. Aux alentours, les rives et les collines, véritable théâtre naturel, furent envahies par une foule énorme, venue des municipes voisins et de la Ville elle-même. L'empereur, vêtu d'un magnifique paludamentum, et Agrippine, en chlamyde d'or, prési­daient le spectacle.
Le combat fut âpre et mené très courageusement ; après quoi, les survivants furent massacrés par les cohortes.

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Conclusion :

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Il ne faut pas s'étonner de voir l'Eglise chrétienne s'insurger avec vigueur contre toutes les formes de spectacles : les trivialités du théâtre, les passions du cirque, les atroci­tés des jeux, tout cela ne pouvait être qu'une école d'immoralité et de bassesse. Une gran­de croix s'élève main­tenant dans le Colisée romain : protestation éloquente contre les mœurs barbares de ces civilisés décadents! Souvenir   de milliers de chrétiens qui ont subi le martyre sous les yeux d'une populace en délire.




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