Ch.5 - Mariage et Famille   

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A. LE MARIAGE__

Le droit au mariage légal (ius connubii), d'abord réservé aux patriciens, s'étendit ensuite à la plèbe et aux affranchis. A l'origine, le mariage légal était toujours célébré cum manu, c'est-à-dire que la personne et les biens de l'épouse tombaient en totale dépendance (in manu) de l'époux ; plus tard se répandit la coutume du mariage sine manu, dans lequel la femme, n'étant plus considérée comme la fille aînée (loco filiae), conservait ses biens et la possibilité du di­vorce.
Théoriquement, les garçons pouvaient se marier dès l'âge de 14 ans (en fait, ils ne le faisaient pas avant 17) et les filles, dès l'âge de 12 ans. A tout âge, l'accord des parents était requis.
 
1- Mariage plébéien :
la forme la plus courante était une sorte de mariage civil passé devant le préteur et cinq témoins, et qui s'ap­pelait coemptio, car il ressemblait à une sorte d'achat de la fiancée par le prétendant. Après la cérémonie, des jeunes gens conduisaient la fiancée dans sa nouvelle demeure ; au premier carrefour, elle offrait un « as » au Laraire du quartier, en réservant un autre, dans son brodequin jaune, pour le Lare du foyer.

2- Mariage patricien :
il prend une forme religieuse appelée conjarreatio. Suivons-en les péripéties.

"---- Voilà quelques mois, Marcus et Metella ont été fiancés l'un à l'autre. Les formules d'engagement avaient été prononcées (Spondesne ?  Spondeo) et le fiancé avait passé l'anneau de fer au doigt de sa promise.
Les parents lancent les invitations pour le mariage. Metella a consacré aux dieux ses jouets, la bulle d'or de son enfance et sa robe de jeune fille ; elle a revêtu le flammeum, grande palla de couleur jaune safran, qui la recouvre comme d'un voile (d'où, nuptiae, de nubere — voiler).

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La maison regorge de monde et l'on attend le Pontife et le Flamine Dial (prêtre de Jupiter), qui, à l'exclusion de tout pouvoir civil, vont présider au mariage et le consacrer.
Les voici ! Avec les futurs époux, les parents et les dix témoins exi­gés par la loi pénètrent dans le sacrarium ou oratoire domestique, pen­dant que la foule des invités envahit le péristyle.
Marcus et Metella ont pris place sur une chaise jumelle ; le flamine met la main droite de la jeune fille dans celle du jeune homme et déclare que désormais la femme devra participer aux biens de son mari, ainsi qu'aux choses saintes. Ensuite, viennent le sacrifice à Junon, protectrice de l'union conjugale, l'offrande d'un pain d'épeautre {far, d'où le terme de confarreatio) et la remise de la dot. Après le repas de noces, a lieu la deductio : Metella est conduite à la demeure de son époux, à la lueur des flambeaux et au rythme des chants. Arrivé chez lui, Marcus s'adresse à Metella et lui demande : « Qui es-tu ? ». A quoi elle répond : "Ubi tu Gaius, ego Gaia". Ne va-t-elle pas vivre sur un pied d'éga­lité avec son époux et remplir les devoirs d'une maîtresse de maison ?
On lui présente alors l'eau et le feu, symboles de la vie et du culte domestiques. Elle attache à la porte des ban­deaux de laine blanche, ma­nière d'indiquer qu'elle sera bonne fileuse. Enfin, elle oint de graisse la porte, pour en écarter tout maléfice.
Metella entre alors, mais soulevée par ses compagnes : on eût regardé comme un mauvais présage que ses pieds touchassent le seuil.

Pendant ce temps, le mari jette des noix (nuces) aux enfants, pour signifier qu'il renonce aux futilités (nugaces) et ne songera plus qu'aux devoirs du père de famille. Il rejoint son épouse, qui a pris place dans l'atrium sur une toison de laine, et lui présente une clef, symbole de l'administration intérieure.
Et le chœur, qui n'avait pas cessé de chanter l'épithalame, module un dernier souhait en se retirant :

"Claudite ostia, virgines ! Lusimus satis. Al boni Conjuges, bene vivite --- " .

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B. LA FAMILLE__

1.  Ses cadres.
S'il n'a pas été émancipé légalement, le citoyen, mê­me marié, est entièrement soumis à son père, qui, seul dans la famille est "sui iuris", c'est-à-dire jouit de tous les droits du citoyen, et demeure jusqu'à sa mort le pater familias ayant autorité com­plète sur tous les siens, même sur sa femme et sur celle de ses fils (mariage cum manu). Car la loi lui reconnaît en principe le "ius vitae necisque" ; mais ne confondons pas le droit et la pratique, et ne nous imaginons pas que chaque père de famille était un tyran sanguinaire.
En fait, la mère de famille, épouse du pater, et même les épouses des fils, seront traitées en « matrones » et, comme de grandes dames, appe­lées du nom de domina. Car, plus que les maris peut-être, les épouses, sous la direction de la ma­ter familias, sont les vraies maîtresses de la mai­son ; d'ailleurs, leur éducation ne le cède en rien à celle de leur époux et elles s'occuperont seules de celle de leurs enfants.
On le voit, les parents romains sont, selon le mot de Sénèque, les « véritables magistrats do­mestiques », respectés par leurs enfants même mariés, et unis indissolublement entre eux. Cette stabilité de l'union conjugale, qui fut peut-être la cause première de la force romaine, sera grave­ment compromise, dès le 1er siècle avant J.-C, par la pratique du mariage sine manu et du divorce. C'est la décadence qui s'annonce.

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2.  Son culte.
Les "sacra familiaria" sont fondés sur une haute con­ception de la famille ; les Romains croient, en effet, que la famille n'est pas seulement une société précaire dans le temps, mais aussi toute la lignée, encore vivante et agissante, à l'esprit de laquelle les vivants demeurent fidèles.
Aussi considèrent-ils comme déités :
— le « lare », âme du fondateur de la famille, génie protecteur de la lignée, représenté par une statuette, précieusement gardée dans le lararium, où brûle en permanence un feu sacré ;
—   les « mânes », âmes des ancêtres ;
—   les « pénates », «esprits protecteurs du foyer domestique.
Qu'il s'agisse du lar, des mânes ou des pénates, le pater est le prêtre responsable et président du culte domestique ; il devra en transmettre le sens et les rites à ses fils.
Chaque année, les rites des Lemuria (9-12 mai) chassent les fantômes des « larves » ou « lémures », ancêtres oubliés ou criminels.

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C. lE CULTE  FAMILIAL__

Si la famille se désagrège, c'est en grande partie parce que la reli­gion a fait place à un scepticisme généralisé. Sous l'Empire, cette indif­férence pour des dieux qui ont les pieds nickelés, pedes lanatos, se manifeste même chez les petites gens.
Que nous voilà loin de cette époque austère et croyante où, « dans chaque maison, il y a un autel, et, autour de cet autel, la famille assemblée. Elle se réunit chaque matin pour adresser au foyer ses premières prières, chaque soir, pour l'invoquer une dernière fois. Dans le courant du jour, elle se réunit encore auprès de lui pour le repas, qu'elle se partage pieusement après la prière et la libation.
Hors de la maison, dans le champ voisin, il y a un tombeau. C'est la seconde demeure de cette famille. Là reposent en commun plusieurs générations d'ancêtres ; la mort ne les a pas séparés.
Entre la partie vivante et la partie morte de la famille, il n'y a que cette distance de quelques pas, qui sépare la maison du tombeau. A certains jours, les vivants se réunissent auprès des ancêtres. Ils leur por­tent le repas funèbre, leur versent le lait et le vin, déposent les gâteaux et les fruits, ou brûlent pour eux les chairs d'une victime. En échange de ces offrandes, ils réclament leur protection ; ils les appellent leurs « dieux » et leur demandent de rendre les champs fertiles, la maison prospère, les cœurs vertueux.
Ce qui unit la famille antique, c'est quelque chose de plus puissant que la naissance, que le sentiment, que la force physique : c'est la religion du foyer et des ancêtres ».  ( Fustel de Coulanges, La Cité antique )

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C. LES FUNERAILLES __

1. Le culte des morts.
Les Romains ont un sens aigu de la mort et de l'au-delà et, com­me tous les peuples primitifs, ils craignent la puissance des morts. C'est pourquoi, ils s'appliquent à donner à leurs défunts une sépulture en tous points soumise aux rites ancestraux. Car, si le corps demeure insepultum, l'âme erre dans les enfers et terrorise les vivants. De plus, ils considèrent comme spécialement redoutables, ceux qui ont eu une fin prématurée (immaturus finis) ou violente (saevus finis).
Ils tâchent d'apaiser les morts par
—   des libations, repas et sacrifices (origine des combats de gla­diateurs) .
— des fêtes :
Novendiale : grand deuil de 9 jours après les funérailles;
Feralia : du 13 au 21 février. Le 22 est le jour de la cara co-gnatio où l'on offre un repas rituel à sa famille et l'on se ré­concilie en cas de brouille.
Parentalia : fête plus solennelle et publique qui remplace les antiques feralia.

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2. Les Obseques

Quoique les funérailles (junus) soient célébrées de jour, on y porte des torches primitivement faites d'étoupe (funes). Sous la di­rection d'entrepreneurs de pompes funèbres (libitinarii), les enter­rements deviennent de plus en plus spectaculaires, au point qu'on a pu dire : « La mort est silencieuse, mais, à Rome, on enterre en fanfare ! »
A la mort d'un citoyen, voici les phases des obsèques qui vont se suivre.
 
a)    Mort et exposition du corps.
Sa femme a recueilli son dernier soupir en lui donnant un baiser, ses fils lui ont fermé les yeux. Puis, toute la famille se met à l'ap­peler (conclamatio). On dresse le corps sur les genoux (supra genua tollere) ; après cette constatation du décès, on procède à l'onction du corps, qui sera ensuite enveloppé dans la toge blanche. De plus, comme il a obtenu une couronne civique, on la lui met, et on lui glisse entre les lèvres la pièce de monnaie qui lui permettra de payer son passage à bord de la barque de Charon.
Enfin, après avoir éteint le feu domestique, on étend le corps sur un lit de parade placé dans l'atrium ; cette exposition, qui pouvait durer de 3 à 7 jours, ne se faisait que chez les riches.
Au dehors, des branches de sapin indiquent que la maison est visitée par la mort (funesta). A l'intérieur, quatre torches donnent l'impression de chapelle ardente : des parfums brûlent dans des casso­lettes, deux pleureuses se frappent la poitrine, une femme joue un air triste sur une flûte, et la famille reçoit les condoléances. De par la ville, un héraut annonce la mort et la date des funérailles.

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b) Le convoi funèbre.

Le transport du corps (efferre, foras ferre) se fait au milieu d'amis et d'invités qui suivent le convoi (prosequi, exsequias ire, funus comitari).
Voici comment Boissier décrit un cortège funèbre : « 11 traversait toujours le Forum : on y voyait passer ces joueurs de flûte et de trompette (tibicines et tubicines) qui assourdissaient toute l'assis­tance, ces pleureuses qui se déchiraient la figure et s'arrachaient les cheveux, cette foule d'amis, de clients, de serviteurs attachés à toutes les grandes maisons, enfin, ces litières qui portaient les images des aïeux : il y en eut plus de 600 aux funérailles de Marcellus. »
Vient alors le bran­card (feretrum), en for­me de litière, porté par huit hommes. Au forum, le lit funèbre est déposé sur les Rostres, tandis que Ton prononce l'orai­son funèbre (laudatio junebris).
Après quoi, le cortège sort de l'enceinte et se dirige vers la via Appia. Détail curieux, dans ce cortège impressionnant, figuraient parfois des clowns qui mimaient des tics ou des défauts du mort. 

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c) Inhumation ou incinération.

Le cadavre était incinéré (urere) ou inhumé (sepelire). Dans le second cas, le corps était disposé dans un coffre de pierre (arca lapidea), qu'on enfouissait dans la terre. Des deux rites, c'est ce dernier qui finit par prévaloir, probablement sous l'influence du christianisme.
En plaçant le corps sur le bûcher (rogus ou pyra), on dis­pose à côté de lui des objets personnels de va­leur, et les assistants jettent des "munera" (vi­vres, parfums, ...). Puis, il y a une "ultima conclamatio" et on met le feu au bûcher. Ce sont encore les proches qui rassembleront les cendres dans une urne de marbre, pieusement gardés ou parfois déposée dans les monuments les plus  importants de nouvelle costruction.
Des cérémonies purificatoires et un repas complètent la céré­monie : la purification se fait par l'eau et le feu ; le menu est stéréo­typé : œufs - légumes - volaille - pain et sel. On n'oublie pas le mort à qui l'on réserve quelques aliments et du vin.
Ceux sont ici montrés les funérailles d'un homme économiquement fort. Les pauvres seront voués pendant longtemps à la fosse commune jusqu'à la création des "collegia funeralia", associations qui n'avaient d'autre but que d'assurer des funérailles décentes à leurs membres : à cet effet, elles firent édifier des colombaires (columbaria).

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D.  NOTE SUR LES CATACOMBES__

Les chrétiens profitèrent de la persistance de ces associations pour continuer à ensevelir leurs morts dans des cimetières souterrains. Ils appelaient ces lieux coemeteria (« lieux de repos » en grec), mais, des dignitaires de la première génération chrétienne ayant été ense­velis dans le cimetière dit "Ad catacumbas", plus tard tout cimetière souterrain prit le nom de catacombes. Elles sont constituées de galeries larges de 80 cm. en moyenne, creusées sans plan préconçu et pouvant attein­dre une profondeur de 20 m.
On pratiquait de simples niches dans les parois et l'on disposait les corps les uns au-dessus des autres. Après l'inhumation, on fer­mait la niche d'une plaque de marbre portant une in­scription ou un motif sym­bolique (Résurrection de Lazare, Noë sauvé du délu­ge, monogramme du Christ, orants, Bon Pasteur, sym­boles eucharistiques).
Parfois, en temps de violente persécution, les chrétiens y célébraient le culte ou s'y réfu­giaient ; mais ce fut l'exception. Il reste que ces vestiges de la primitive Eglise sont un émouvant témoignage de foi et d'espérance au sein de l'épreuve.



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