Ch. 1 - Histoire de Pompei  
La Cité Ensevelie

Plan de Pompei

Si Cumae et Neapolis sont des villes grecques, par leur nom et par leur origine, Pompei, fondée par les Osques de la Campanie, est une cité au nom franchement italique (en langue osque: pompe). Les restes du Temple dorique et les murailles de l'époque Pré-Samnite ne nous permettent pas de remonter au delà du VIe siècle av. J.-C, c'est-à-dire à l'époque où la ville, dans l'enceinte de ses murs, avait déjà atteint son plein dévelop­pement et s'était dotée de son premier plan régulateur. Mais il est à présumer qu'il existait sur son emplacement, au moins aux environs du VIII' siècle avant J.-C, un centre habité, fondé par les rudes populations de laboureurs et de pâtres qui occupaient la vallée du Sarnus. L'embouchure de ce ruisseau qui fut, jusqu'à l'éruption fatale du Vésuve, une belle rivière navigable, offrait en effet aux navigateurs, grecs et phéniciens, des côtes de la Cam­panie un abri sûr et facile; et on est porté à croire que l'éminence, sur laquelle devait se dresser plus tard Pompei et qui dominait la rade et le fleuve, avait dû servir de base naturelle de vedette et de défense contre cet afflux de gens et de produits, venant de la haute mer.

Plan du pagus Silensis

Au V° siècle avant J.-C, les Grecs s'étaient installés tout le long du golfe de Naples. Sous la menace des Étrusques, maîtres de tout l'hinterland de la Campanie, la jeune cité osque fut con­trainte de conclure des pactes d'alliance défensive avec les Grecs de Neapolis et de Cumae et d'entrer dans l'orbite politique du grand État cumain. On s'explique ainsi la présence d'un temple dorique archaïque sur la terrasse du Forum Triangulaire, ainsi que le système d'enceinte fortifiée qui fut à l'origine adopté par les habitants. Ce système est en effet plus apparenté au type des fortifications grecques qu'à celui des fortifications italiques. Vers la fin du Ve siècle avant J.-C, une peuplade italique, fortement aguerrie, vint se heurter aux Osques aborigènes qui n'avaient pas su résister à l'invasion des Grecs et des Étrusques.

Vue de Pompei

Ces nouveaux venus étaient les Samnites (Hyrpins et Samnites proprement dits), qui descendaient des âpres montagnes voisines. Pompei, comme du reste toutes les villes de la Campanie, tomba entre leurs mains. Ce fut le premier essai d'unification politique, tenté en Campanie par des peuples de race italique. La ville fut en grande partie reconstruite et même agrandie par les vainqueurs qui imprimèrent naturellement à son architecture, publique et privée, le caractère du génie de leur race. Pompei reçut des Samnites sa constitution, sa langue, ses coutumes, sa religion. On ne possède que peu de renseignements précis sur l'histoire de Pompei, à dater de cette époque.

Arc au Forum

En l’an 310 av. J.-C, les habitants de Pompei et de Nuceria Alfaterna durent repousser de leur territoire une incursion des équipages de la flotte romaine, descendus à terre pour se ravitail­ler et pour piller. Il semblerait qu'au cours des guerres du Samnium, Pompei ait été occupée temporairement par les Romains, avec d'autres villes de la côte. Mais, ce sont là des événements auxquels Pompei ne prit part que d'une façon passive, car elle se tint prudemment, même pendant les guerres d'Annibal, a l'écart du duel mortel engagé entre Rome et Carthage. La première fois qu'on la voit jouer un rôle actif, direct et décisif, ce fut au cours de la grande Guerre Sociale, engagée par les Italiques contre Rome, guerre de révolte, rude et violente, dans laquelle Pompei se lança avec une extrême vigueur pour tenter, une dernière fois, de conquérir sa liberté.

Autel au Forum

Au mois d'avril de l'an 89 avant J.-C, L. Sylla, après s'être emparé de Stabia, vint mettre le siège devant Pompei. À la tête des armées de la Ligue italique, L. Cluentius obligea les troupes romaines à lever momentanément le siège, mais la victoire des légions à Nola fut, pour les Italiques, un de­sastre grave et irréparable. La guerre contre Mithridate ayant obligé les Romains à lever encore une fois le siège, Pompei put jouir, pendant quelques années, d'une existence autonome. Mais au retour de Sylla, vainqueur du Roi du Pont, la Guerre Sociale se ralluma et Pompei dut ouvrir ses portes au dictateur, en l'an 80 avant J.-C. Désormais, la cité osque et Samnite devint colonie romaine.

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Après avoir installé, dans sa nouvelle conquête et dans toute la campagne avoisinante, un bon nombre de ses vétérans, L. Sylla confia à son neveu, P. Sylla la mission de donner à la colonie une organisation conforme à son nouvel état. Cette tâche était assez délicate, car il était difficile de concilier les intérêts des conqué­rants avec ceux des vaincus. Nous trouvons un écho des dissen­timents et des querelles que souleva ce premier essai d'instaurer dans la Pompei romaine un ordre de choses nouveau. Cicéron dut en effet assumer la défense de P. Sylla contre les accusations portées par L. Torquatus. Toutefois, les premières difficultés aplanies, le processus d'unification et d'assimilation fut, à Pompei comme ailleurs, assez rapide. Pompei devint une cité romaine, romaine par son organisation municipale; romaine encore car elle adopta la langue, les coutumes, le caractère et l'aspect d'une ville romaine. 

Rue de Pompei

Néanmoins, en dépit de cette unification, subsista dans la plèbe pompéienne un substratum de l'antique âme italique et du vieil esprit régional. Nous en avons une preuve dans le tragique épisode qui éclata en l'an 59 après J.-C. Au cours d'un spectacle donné dans l'amphithéâtre, un de ces incidents qui éclataient fréquemment à cause de l'engoûment d'une partie du public pour tel ou tel couple de gladiateurs, déchaîna une rixe violente entre Pompéiens et Nucériens. Le sang coula et les Nucériens, battus, furent chassés de l'amphithéâtre. Néron déféra l'affaire au Sénat. Celui-ci n'hésita pas à appliquer la plus dure sanction qui pût frapper une ville comme Pompéi, chez laquelle la passion pour les jeux et les spectacles dominait toutes les autres. L'amphithéâ­tre fut fermé pensant dix ans. 

Activités à Pompei

Quelques années plus tard, en 63 après J.-C, Pompéi et bon nombre de villes de la Campanie furent fortement endommagées par un violent tremblement de terre. Pompéi, ville alors commerçante, industrieuse et prospère, se releva rapidement de ses ruines. De nouveaux édifices surgirent. On restaura temples et monuments publics. Les maisons des particuliers, remises en ordre ou même reconstruites, virent leurs murs et leurs pavements s'orner de riches et luxueuses décorations. Ateliers et boutiques se multiplièrent dans les quartiers qui repri­rent bien vite leur pleine animation. Seize ans après cette vive alerte, au mois d'août de l'an 79 après J.-C, le Vésuve que l'on était accoutumé de considérer comme un mont paisible et serein, sous son revêtement de vignes et de forêts, se réveilla soudain. 

La Basilique

Ce fut le désastre définitif, la ruine irréparable. La cime du mont se déchira. Le volcan vomit une telle quantité de cendres, de la­pilli et de scories que le ciel en fut tout obscurci. La furie dévasta­trice des éléments déchaînés peut donner une idée des premiers cataclysmes qui bouleversèrent la terre. Pline le Jeune demeurait alors dans une villa, sur le cap Misène. Il nous a laissé, dans deux lettres qu'il adressa à Tacite, un récit, palpitant et dramatique, de cette terrible éruption. Pompéi disparut, ensevelie sous une couche de six à sept mètres de lapilli et de cendres, transportés depuis le cratère par le vent. Les habitants cherchèrent, pour la plupart, leur salut dans la fuite, mais ils trouvèrent la mort, le long du littoral et des routes qui menaient à Stabia et à Nuceria. Quant à ceux qui restèrent en ville, immobilisés par la terreur ou dans le vain espoir de trouver un refuge dans les souterrains des maisons, ils périrent tous, intoxiqués par les exhalaisons vénéneu­ses dont l'atmosphère était toute saturée. 

Le temple de jupiter

Cette éruption de l'an 79 après J.-C. peut prendre rang dans le nombre des grandes cala­mités qui ont frappé l'humanité. Mais nous lui devons de nous avoir conservé le document le plus précieux et le plus admirable que nous possédions sur la vie antique: la vision parfaite d'une ville entière, dans laquelle la vie s'est arrêtée instantanément sous le coup d'un phénomène violent qui ne l'a cependant point détruite. Les fouilles nous ont ainsi permis de pénétrer dans l'inti­mité de la vie, de celle des particuliers comme de celle de toute la collectivité. Grâce à elles, nous avons pu surprendre, dans l'art de la construction et de la décoration, dans l'ameublement des pièces, les inscriptions et les graffiti, tous les secrets de la vie antique, publique et privée.


Ch.2 : La Cité...