Fresque Tableau 5
LA FEMME  EFFRAYEE

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Tournant le dos aux deux jeunes bergers de la scène précédente, se tient une figure énigmatique dont l'attitude contraste singulièrement avec leur évidente sérénité : d'où vient la frayeur de cette jeune femme qui semble fuir une image d'épouvante et dont le lourd péplos se gonfle au vent de la course ? Son regard semble nous mener à la scène de flagellation que subit l'initiée sur la paroi opposée. Terrifiée par la révélation de la violence initiatique, elle se détournerait de la cérémonie. On peut cependant penser, comme Gilles Sauron, que cette "femme effrayée" constitue "l'axe de symétrie" des deux scènes où apparaît le silène.

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Sa frayeur ne ferait donc qu'exprimer sa crainte devant les prophètes de Dionysos qu'elle ne reconnaît plus dans leur nouvel accoutrement (himation jaune, chaussures fermées) ; mais elle serait surtout prise d'une terreur sacrée devant la révélation à laquelle elle assiste : car si le passage du lait au vin symbolise celui de la nature à la culture, il implique aussi l'abandon de la paisible vie pastorale pour les débordements de l'ivresse dionysiaque.
Derrière cette élégante femme grecque se cacherait donc aussi la domina. 

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Car en cette période où se déchaînait la violence des adeptes du dieu, elle aurait eu bien des raisons de redouter l'initiation. Comme le rappelle Gilles Sauron, c'est en effet l'époque où le roi du Pont, Mithridate VI Eupator, faisait massacrer les Romains dans la province d'Asie en se proclamant le "nouveau Dionysos" ! Quant à Plutarque, il rapporte dans sa Vie de Crassus que l'acteur qui jouait Agavé dans une représentation des Bacchantes devant le roi des Parthes et le roi d'Arménie, brandit, au lieu du masque de Penthée, la tête de Crassus, le proconsul de Rome vaincu dans la plaine de Carrhes..
Rien de tout cela, rétorque Paul Veyne : la frayeur de cette jeune femme vient de la farce que lui fait, sur le mur contigu, un jeune satyre en brandissant un masque.

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